Le trek du Tilicho, le col du Mesokanto La
Le trek du Tilicho, une très belle alternative
Le passage par le col du Mesokanto est une variante au Thorong La à considérer avec attention, si vous avez une âme d’aventurier et si vous n’êtes pas trop effrayé par les challenges .
Variante, alternative, itinéraire bis, on pourrait croire là, que nous parlons d’une petite marche insignifiante. C’est tout le contraire bien sûr.
Allez faites votre sac à dos, on vous amène durant quatre jours sur le trek du lac Tilicho.

Sommaire
- Ravitaillement à Manang
- A travers les cheminées de fées
- En route vers le fameux lac et les galères
- Bivouac au pied de la « Grande Barrière »
- Le passage du Mesokanto La
- L’arrivée dans le Mustang, plus rapide que prévue

Manang
Manang est le .

Tilicho Base camp
Le « village » de lodges du base camp, point de départ incontournable avant la montée au plus haut lac du monde.

Lac Tilicho
Situé au pied de la face nord du Tilicho peak 7314 m, le lac est un des lieux les plus sauvages d ela région des Annapurnas.

Mesokanto La
Réputé pour être un passage dangereux, le col du Mesokanto est un magnifique challenge pour les trekkeurs aguerris.

Thinigaon
la cité fortifiée de Ulcinj est un des hauts lieux du tourisme balnéaire au Monténégro.
Ravitaillement à Manang pour un trek du Tilicho en autonomie
Sur cette haute route des Annapurnas, Manang est le point de passage incontournable de cette région de la haute vallée de la rivière Marsyangdi.
Nous connaissons bien cette petite bourgade perchée à 3540 mètres d’altitude, nous y sommes passés à plusieurs reprises. Bien que Chame, situé plus bas dans la vallée, soit le cœur du district, Manang fait office de capitale de la vallée. Ce village autrefois enclavé, change année après année. La piste carrossable en accélère la modernisation. De nouveaux lodges confortables apparaissent. Des « mountains lodges » pour désormais faire moins de trek, mais plus pour y séjourner, faire des randonnées à la journée et bien sûr contempler les grandes faces glacées de l’Himalaya.
La rue principale est maintenant pavée, elle est bordée de boutiques plus modernes et mieux achalandées. Le must pour le trekkeur est de prendre un expresso ou un café latte à la Tilicho bakery ou à l’Alpine bakery. De véritables salons de thé où on y savoure un apple crambel, un croissant au chocolat ou encore un sablé à la noix de coco et ça marche.
Vous dire que nous n’avons pas succombé, nous aussi, à la tentation serait vous mentir. Après de nombreux jours de marche et alors que nous arrivons d’un Tour du Manaslu, ces petites douceurs sont les bienvenues. Elles égayent l’ordinaire culinaire d’un trek sur la Haute Route des Annapurnas.
Pour l’heure, en cette belle fin d’après midi d’automne, nous devons songer au ravitaillement et aux derniers préparatifs pour les quatre prochains jours. En compagnie de notre équipe locale nous poussons la porte d’une échoppe moins rutilante pour le coup. Le sol de celle-ci est en terre battue, seuls les locaux viennent ici pour faire leur marché. Elle occupe le rez de chaussé d’une maison d’habitation. Elle est située dans le quartier ancien et traditionnel de Manang. Riz, pâtes, fromage de yack, légumes, épices, sans oublier la farine d’orge grillée pour le tsampa du matin, de quoi tenir pour cette dernière section du trek Haute Route des Annapurnas.
Fins prêts pour le fameux trek du Tilicho et le redouté passage du col Mesokanto situé à 5121 m. Il doit nous amener, si tout va bien, aux portes du Mustang.
Direction le Tilicho Base camp, à travers les cheminées de fées.
On quitte tranquillement Manang, une fois le soleil sorti. L’étape n’est pas très longue, 5 heures de marche pour un peu moins que 1000 m de dénivelé.
Après Kangsar, dernier village de la vallée, la pente devient plus soutenue. On se dirige vers le monastère de Shree Karka, magnifique temple aux couleurs vives. Le sentier est tracé en balcon à mi hauteur de la vallée. Il traverse ensuite une vaste zone aride, une curiosité géologique constituée de « cheminées de fées » et de vastes éboulis qui plongent vers l’abîme. On y croise quelques randonneurs qui reviennent du lac. On ne s’y attarde pas, les chutes de pierres sont fréquentes.
En fin d’étape, on arrive dans un vallon quelque peu verdoyant où sont « posés » une quinzaine de logdes, nous voici au Tilicho Base Camp.
A la tombée de la nuit on peut observer des Bharals qui paissent tranquillement au pied des falaises. Le camp est majoritairement occupé par des népalais qui s’adonnent eux aussi aux joies de la haute montagne sur ce trek du Tilicho. Ils viennent ici aussi comme en pèlerinage, sur leur plus haut lac du monde.
Blottis autour du poêle, qui réchauffe la pièce commune, nous attendons l’heure du repas. Ce soir ce ne sera pas exceptionnel et les quantités sont de surcroit peu généreuses. Heureusement nous avons du stock, nous « tapons » dans les provisions faites la vielle. En bons frenchi’s, on se tourne vers le fromage de yack, accompagné d’un chapati cela fera l’affaire pour améliorer l’ordinaire.

On trouve de tout à Manang

Une pause douceur à la Tilicho Bakery de Manang

Ravitaillement couleur locale

Un petit thé autour du feu de bois

Le monastère de Shree Karka

Premières glaces sur le lac Tilicho 4919 m
En route vers le fameux lac, et les galères.
C’est comme souvent, à la lampe frontale, qu’il faut débuter la journée. Nous remontons la vaste moraine qui conduit vers le lac. Tous les candidats du jour, s’élancent plus ou moins en même temps et la montagne scintille de « mille feux ».
La pente, l’altitude, les corps sont déjà éprouvés et beaucoup de marcheurs sont à la peine. Pour nous en revanche on sent que la forme et l’acclimatation sont au rendez vous. Il faut dire que nous avons déjà dans les jambes de nombreux jours de trek, la vallée de Tsum tout d’abord, pour poursuivre ensuite notre périple par le tour du Manaslu. Cette montée n’est en réalité qu’une formalité et nous avons ainsi du temps pour admirer les paysages. En cette fin Novembre le lac est partiellement gelé et les sommets sont dans les nuages.
Mais ce qui nous inquiète pour l’heure, c’est le « décrochage » de nos deux porteurs. Nous prenons la décision de poursuivre malgré tout et nous continuons notre route vers le passage du Eastern Pass. Nous sommes nous mêmes chargés à plus de quinze kilos chacun et nous profitons de ce contretemps pour réduire le rythme et attendre les porteurs.
Nous passons le col à la mi journée et toujours pas de porteurs à l’horizon. En fait nous avons perdu le contact avec eux depuis le petit matin, cette situation n’est pas normale.
La prévision météo pour ces trois jours sur le trek du Tilicho n’est pas des meilleures. Ainsi nous avions décidé la veille au soir de forcer la marche et de passer si possible le Mesokanto La aujourd’hui. Nous ne voulons pas courir le risque de se retrouver bloqués par les intempéries à cette altitude. La saison de trek est bien avancée, l’hiver semble en approche. Dans quelques jours nous en aurons la confirmation.
Bivouac au pied de la « Grande Barrière »
Il est quatorze heures passées lorsque nous les voyons enfin au loin, franchir le passage à 5340m. Vingt minutes plus tard la jonction est faite. L’info tombe, Nobobi, un des deux porteurs, n’est pas bien, il a le mal des montagnes. Il faut se rendre à l’évidence, nous sommes trop loin du col Mesokanto. Et à ce rythme, il devient évident que nous ne le passerons pas aujourd’hui. Nous progressons deux bonnes heures de plus et nous sommes contrains de bivouaquer.
Nous sommes au pied de la « grande barrière » dans un lieu mythique pour tous les amateurs de l’histoire de la conquête de l’Himalaya. C’est la grande barrière de montagnes sur laquelle ont buté les premières reconnaissances de l’expédition française à l’Annapurna de 1950. Les nuages noirs qui encapuchonnent le Tilicho Peak à 7134m ne sont pas de bonne augure. La haut, tout là haut, il neige déjà. Nous montons rapidement notre campement, à plus de cinq mille mètres d’altitude et nous nous préparons pour la nuit. Soupe, riz, légumes, œufs, fromage de yack, c’est simple, chaud, roboratif et surtout efficace pour reprendre des forces après cette longue journée.
A vingt heures, il neige légèrement sur le campement. Le Mesokanto La est réputé pour être un passage dangereux. Serons nous bloqués demain? Faudra t’il faire demi tour et compromettre ainsi la suite de notre périple? Devrons nous renoncer au trek du Haut Mustang ? La nuit est agitée.








Le passage du Mesokanto La
Une dizaine de centimètres de neige fraiche sont tombés dans la nuit, aussi sec emportés par le vent. L’état de Nobodi se détériore. Il a passé une mauvaise nuit. Le temps, lui, est entre deux, un coup brume, un coup éclaircie. Telle est la situation au petit matin. Il faut descendre le plus rapidement possible. Un thé brulant, un bol de tsampa, nous prenons donc, la décision de ne pas trainer.
Arrivés au col, les conditions du couloir de descente ne sont pas bonnes. Le vent a soufflé toute la nuit et la trace est glacée, trop dangereux. Il faudrait du matériel plus technique pour s’y risquer. Nos petits crampons de marche ne sont pas suffisants.
Le Mesokanto semble à la hauteur de sa réputation. Durant prés d’une heure nous cherchons un passage alternatif de part et d’autre de la pointe rocheuse caractéristique. Elle marque ce passage du Mesokanto. Enfin nous trouvons un petit couloir parallèle, de part son orientation, la neige est accumulée et il autorise donc la descente. On trace de belles courbes dans la neige fraiche. Tous se passe pour le mieux. Quant tout d’un coup l’infortuné Nobodi, affaibli par son état, perd l’équilibre. Le voilà qui glisse dans le couloir sur une bonne centaine de mètres, avant de stopper sa folle course, sans blessure. Malheureusement dans sa chute il a perdu sa charge et notamment la tente. Tout ce précieux équipement est parti dans l’abime.
Les galères continuent, ce col du Mesokanto La est bel et bien coriace. Ce trek du Tilicho n’est donc pas qu’une simple alternative.




L’arrivée dans le Mustang, plus rapide que prévue
Avec une partie de l’équipement perdu au fin fond du ravin, le bivouac du soir qui devait se situer à 4100 mètres d’altitude, est compromis. Décision est prise de forcer la marche et de faire deux étapes en une. Nous devons gagner avant la nuit la vallée du Mustang et le village de Tinigaon. C’est donc une bonne descente qui nous attend de 3000 mètres de dénivelé négatif. Le sentier est panoramique à souhait. Sur notre gauche on découvre les Nilgiri et en face se dessine l’imposant Dhaulaghiri à 8167 m. L’appareil à photos crépite en cette belle fin de journée d’automne, les couleurs sont tout simplement incroyables.
Et nous arriverons malgré tout à Tinigaon avant la nuit noire, fourbus mais heureux. Nous savons ce soir que nous allons poursuivre l’aventure avec le trek du Haut Mustang.
Si vous avez aimé le récit de notre trek au Tilicho, la suite avec le trek du Haut Mustang , c’est ici.
Tout en bas de la page dans les commentaires, on répond à vos questions, n’hésitez pas à participer. Merci.
Les + de ce Trek du Tilicho – Soyez curieux cliquez !

Comme nous l’avons relaté plus haut, la grande barrière est liée à la conquête de l’Annapurna. C’est le nom donné à l’époque a cette vaste barre de roches, de glaciers et de séracs qui interdit l’accès par le nord au sommet de l’Annapurna. Nous sommes au printemps 1950, le gratin de l’alpinisme Français de l’époque est à pied d’œuvre pour conquérir un premier 8000. Imaginez l’aventure et le défi pour l’époque. 22 expéditions de toute nationalité ont déjà tenté la chose, sans succès. L’expédition française arrive au Népal début avril avec un double objectif, le Dhaulagiri ou l’Annapurna. Les premières reconnaissances se déroulent sur le Dhaulagiri, elles sont infructueuses. Le projet sur ce 8000 est abandonné, l’équipe Herzog se consacre désormais à trouver l’accès a l’Annapurna. Nous sommes presque début Mai, une reconnaissance par le nord est lancée. Marcel Ichac, Maurice Herzog, Gaston Rebuffat accompagné de trois sherpas passent la nuit à Tinigaon et s’élance le lendemain vers le col Tilicho Ouest (Mesokanto La), qu’ils atteignent le sur lendemain. La carte en leur possession s’avère une nouvelle fois fausse. Au lieu de découvrir sur leur droite la face nord de l’Annapurna, se dresse une immense chaine montagneuse que l’équipe baptise la Grande Barrière. L’équipe se scinde en deux. Herzog, Rébuffat, Panzi et Fourtharkey traversent le lac glacé et passe le col est. Il découvrent la vallée de Manang et pousse leur reconnaissance jusqu’au village et haut delà. La Grande Barriere reste hermétique. Ils se ravitaillent à Manang et rejoignent le reste de l’équipe. Ichac et Ang-Tharkey sont partis eux explorer le Muktinah Himal jusqu’à l’altitude de 6200, espérant en vain apercevoir le sommet de l’Annapurna. Il font des relevés et des observations et conclus que le sommet est de l’autre cote de cette grande barrière. L’accès est donc par le sud et le col du 27 Avril. Le 13 Mai au matin le camp du Tilicho est démonté et l’équipe rejoins le reste de l’expédition basée au village de Tukuche. Le 3 Juin 1950, à 14 heures, Louis Lachenal et Maurice Herzog foulent le sommet de l’Annapurna. C’est la première foi dans l’histoire de l’humanité qu’un homme se dresse sur un sommet de plus de 8000m.
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